Découvertes de Saõ Tomé

Cette ancienne colonie portugaise d’Afrique est un éden à l’état pur : une île de matin du monde où éclate la joie de vivre…

La terra (quasi) incognita

  • Deux pépites émeraude émergeant dans le golfe du Gabon, à 300 kilomètres au large du port de Libreville: São Tomé et Principe, distantes de 150 kilomètres l’une de l’autre, forment, avec un semis d’îlots d’archipel, une des plus petites républiques démocratiques d’Afrique.
  • La grande île, la plus accessible s’appelle São Tomé, de même que la capitale et le plus haut sommet. Lequel culmine à plus de 2000 mètres. pas mal pour un bout de terre de 75 kilomètres sur 35 ! Son relief volcanique chahuté s’encapuchonne d’une épaisse forêt, ruisselle d’eaux limpides et s’ourle de longues plages dorées et désertes, interrompues par la dent de scie des falaises.
  • Équateur, le mot qui fait rêver les voyageurs. Son passage faisant l’objet d’un rite arrosé dans la marine… et à terre. À la pointe sud de São Tomé, dans la petite île de Rola, un vrai paradis balnéaire, sa ligne est matérialisée sur une esplanade de mosaïque représentant la carte du monde. Qui dit équateur dit climat chaud et humide, surtout d’octobre à mai.

Une belle énergie

  • Les Santoméens ont le sourire malgré leur pauvreté. Est-ce parce que la pêche est abondante et la nature prodigue en fruits délicieux ? Sous les eaux de l’archipel gît le pétrole, les pays mieux nantis se disputent l’aide à leur fournir. la vitalité tient également à la beauté ambiante, ne serait-ce que celle d’une brassée d’heliconias becs-de-perroquet.
  • La samba serait née ici, où tout le monde a, et pas seulement dans les sociétés de danse, « le rythme dans la peau ». La même spontanéité se retrouve dans les arts plastiques. Tandis que le théâtre se cantonne à une pièce ancestrale unique, le Tchiloli, un étrange et interminable rituel, vrai plaidoyer pour la justice qui met en scène le neveu de Charlemagne et moque en sous-main le système colonial.
  • Noire à 90%, l’île est pluriethnique, véritable tour de Babel africaine où chacun parle le créole de son ancienne colonie portugaise d’origine. Le forro des anciens esclaves libres y domine, mis on y parle aussi fang, angolare ou cap-verdien, tandis que la langue portugaise reste celle du pouvoir.

Les forêts de brume et d’ombrage

  • Le pic de Cão Grande, le Grand Chien, le nez souvent dans les vapeurs, surplombe de 300 mètres la canopée. Les Santoméens y circulent machette au poing pour se frayer un chemin dans un couvert souvent impénétrable, et surtout pour éviter les cocos secs, dont la récolte et la revente assurent leurs subsistance.
  • Les étendues boisées restent un abri sûr pour les singes, les cochons sauvages et une foule d’oiseaux ne craignant pas de chanter sous la pluie. Même si la forêt est de plus en plus défrichée pour y cultiver le palmier à l’huile, et si le nord de l’île, plus sec, est devenue une savane suite à l’exploitation de la canne à sucre.
  • Le jardin botanique de Bom Sucesso, à quelque 1 153 mètres d’altitude, est tout indiqué à qui veut découvrir la végétation insulaire et ses ressources. C’est de là que partent les chemins de randonnée du parc naturel Obo, qui nécessitent une bonne condition physique..

L’île Chocolat

  • La monoculture a été la règle dans l’archipel, selon l’usage de colons esclavagistes demeurant souvent au Portugal: d’abord la canne à sucre – sans le succès des îles du Cap-Vert, plus sèches- puis, aux XIXe et XXe siècles, du cacao associé au café.
  • Chaque cabosse contient une trentaine de graines,  de quoi produire une tablette de chocolat. Et le cacaoyer aux feuilles lisses fournit en moyenne trente cabosses, à condition de pousser dans l’ombre de grands arbres, comme les érythrines qui fleurissent couleur corail.

Le métissage du Portugal et de l’Afrique

  • Le fort São Sebastião construit en 1575, abrite le Musée national. Juste à côté, les ados santoméens s’adonnent au plongeon façon capoeira. Trois statues blanches de découvreurs jalonnent la place, les deux principaux avaient pour nom Joã de Santarém et Pedro Escobar. Ils débarquèrent au nord de l’île le 21 décembre 1470, l’ancien jour de la Saint-Thomas, d’où le nom de l’île.
  • Lisbonne a d’abord appelé São Tomé « l’île du milieu du monde ». On ne se bousculait pas pour y aller. Elle était réputée déserte, mais les Angolares prétendent aujourd’hui être arrivés les premiers… depuis l’Angola.
  • Le front de mer de la capitale, avec sa balustrade immaculée, est empreint de nostalgie coloniale, que dément la présence joyeuse de collégiens en uniforme blanc. ailleurs, autour du marché, la ville vibre. Elle compte 50 000 habitants, pas loin du tiers de la population totale de l’archipel.

L’architecture d’une autre époque

  • Les maisons coloniales, aux charmes parfois flétris, font forcément penser à Cuba. Accédant à l’indépendance en 1975, l’archipel est lui aussi passé par une phase marxiste….
  • On a restauré un bon nombre de ces habitations séduisantes et délicieusement ventilées : certaines hébergent les voyageurs, pour environ 30 € la nuit. De quoi se mettre au vert ou robinsonner au bord d’une plage.
  • La plus belle maison d’hôtes est une roça – ancienne plantation de cacao ou de café. Ce lieu ouvert à la création appartient à l’artiste-cuisinier-homme de médias João Carlos Silva. On y profite d’une sublime terrasse surplombant São João dos Angolares.

Les roças fantômes

  • L’immense plantation d’Agostinho Neto,nommée d’après le libérateur de l’Angola, est le vestige le plus impressionnant des roças créées au XIXe siècle.
  • Huit domaines exploitaient 80% des terres cultivées en 1970 avec des travailleurs forcés, guère mieux lotis que leurs prédécesseurs esclaves…11 000 petits planteurs se partageaient le reste. Puis les terres ont été redistribuées et le système s’est effondré. la production de cacao et de café reste artisanale et mise désormais sur la qualité.

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